La prison expliquée aux familles

Accueillir les familles de détenus avant et après les parloirs, tel est le travail des bénévoles de la maison Ti-Tomm. Installée face au centre pénitentiaire Rennes-Vezin, la maison d’accueil reçoit chaque jour de parloir entre deux cents et quatre cents personnes qui viennent chercher des informations, du réconfort, ou qui souhaitent tout simplement attendre au chaud que la porte de la prison s’ouvre.

 » Vous voulez un petit café ? Ou une madeleine peut-être ?  » Dany, retraitée aux cheveux rouges soigneusement coiffés, fait le tour de la salle commune, une assiette pleine de madeleines dans une main, une cafetière dans l’autre. Bénévole depuis un an à la maison d’accueil Ti-Tomm, elle vient, à raison de trois heures deux fois par mois, accueillir les familles des détenus du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. « Je suis devenue bénévole pour le partage », se souvient sa camarade de permanence, Antoinette. « On pense toujours qu’on s’investit pour aider les autres, pour être utile, mais au final, c’est nous qui recevons le plus », soutient Dany.

En ce dimanche matin, la maison est presque vide, elle qui bouillonne habituellement de vie. Dany et Antoinette en profitent pour planifier leur sortie de l’après-midi au cinéma tout en remplissant des grilles de sudoku. « Le dimanche, c’est toujours beaucoup plus calme que les autres jours, expose Antoinette. C’est un jour de parloir réservé au centre de détention, donc aux détenus condamnés pour des peines assez longues. Ceux qui viennent à Ti-Tomm le dimanche sont des habitués, ils connaissent le fonctionnement de la prison et de la maison. Ils n’ont presque pas besoin de nous. » La maison n’est pas toujours aussi paisible. La veille, près de quatre cents personnes ont franchi la porte de la maison.

Dans la salle commune, les habitués se saluent, demandent des nouvelles des conjoints, des frères, des fils vivant en prison. Ils patientent autour d’un café, échangent sur les conditions d’incarcération, se consolent mutuellement. Dans la pièce attenante, décorée aux couleurs d’Halloween, des dizaines d’enfants s’amusent avec les jouets mis à leur disposition en attendant l’heure du parloir.

« Pour certains proches, le parloir, c’est une corvée »

Lorsqu’elle a été créée en 2001, la maison Ti-Tomm avait pour objectif d’accueillir les familles de détenus avant et après les parloirs. Depuis, l’activité de l’association s’est élargie pour apporter un meilleur soutien aux familles : « Avant, on ne s’occupait pas du côté administratif, on ne faisait qu’assurer l’accueil et l’écoute des familles, rappelle Guy, bénévole depuis onze ans. Pour certains proches, le parloir, c’est une corvée. A nous de rendre ce moment moins difficile pour eux. »

Chaque semaine apporte aussi son lot de nouveaux venus, qui entrent à Ti-Tomm pour la première fois après l’incarcération d’un proche. Les bénévoles leur précisent comment obtenir un permis de visite, ou comment réserver un parloir grâce à la borne électronique. A ce père qui semble totalement perdu, Guy détaille comment il peut fournir du linge à son fils, tout juste jugé. « Vous devez remplir une fiche où vous précisez le nombre d’effets que vous apportez. Il faut faire attention, car beaucoup de vêtements sont interdits : il ne faut pas lui donner de veste à capuche, ni de vêtements en cuir ou de doudoune. Certaines couleurs sont aussi bannies : pas de bleu marine, car c’est la couleur des surveillants, ni de kaki ou de treillis. Ne vous inquiétez pas, on va trier le linge ensemble. »

E.T.

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De l’épave au carrosse

Secteur de niche, la restauration de véhicules anciens est très peu développée en France. Parmi les quelques garages spécialisés de Bretagne, RV Carrosserie exerce à Rennes depuis presque vingt ans. Découverte d’un atelier atypique où les carcasses de tôles retrouvent leur éclat perdu.

Au fond de l’impasse du Canal Saint-Martin, trois Porsche rutilantes sont alignées. Il y a ici un garage un peu particulier. Son propriétaire, David Hervé est spécialisé dans la restauration de voitures anciennes. Et à voir les bolides qui s’entassent dans l’atelier, il a un faible pour les 911.

L’atelier n’a initialement rien d’un garage. David Hervé se destinait à la restauration de vieux meubles. Il a agrandi le bâtiment de base en ajoutant de nouveaux modules. L’ensemble reste spartiate. « La cabine de peinture a été mal posée. On n’a pas l’eau courante, on doit se laver les mains dans un seau, » liste Alexis, apprenti de 23 ans en reconversion professionnelle. Pourtant, les quatre employés réalisent chaque étape de la remise à neuf d’une voiture : du démontage au remontage des pièces, achetées directement à l’usine Porsche de Stuttgart, à la peinture de la carrosserie. Seul le sablage, un procédé qui permet d’éliminer la rouille et la peinture sans abîmer la tôle, est effectué par une entreprise spécialisée de Poitiers.

 Fortunes de tôles

Des épaves en cours de remontage s’entassent sur des marbres au milieu du garage. Quatre mois sont nécessaires pour une restauration complète. A condition que le propriétaire de l’engin alimente régulièrement le compte de l’atelier. Faire restaurer entièrement ce type de véhicule de sport ou de collection a un coût :   au minimum 40 000 euros. Tout dépend de l’état du bolide et ce que veut en faire son propriétaire. Il peut en retirer une petite fortune s’il trouve acheteur. L’histoire de ces engins et leur palmarès au compteur peuvent faire grimper leur valeur initiale. « Celle-ci a fait deux fois les 24h du Mans, » raconte Alexis en désignant un des marbres. « Ça fait passer le prix de la voiture de 50 000 à 250 000 euros. »

 « Peugeot ou Renault (…) pas assez beau, ni assez cher. »

Les amateurs de telles cylindrées sont rares dans l’Hexagone. « On n’a pas de marques prestigieuses en France, » explique Alexis. « On ne restaurera jamais d’anciennes Peugeot ou Renault par exemple. Ce n’est pas assez beau, ni assez cher. On a travaillé une fois sur une Alpine, mais c’est rare. »

Les spécialistes qui proposent d’entretenir ces voitures sont très peu dans ce secteur de niche. Moins de cinq en Bretagne, ils sont plus nombreux dans le sud de la France et à l’étranger, en Allemagne et en Grande-Bretagne surtout. Le garage de David Hervé a acquis une grande notoriété dans le milieu. Il est sollicité par des clients de Paris, du Mans ou encore de Strasbourg.

Une ombre plane pourtant au-dessus de l’entreprise : la mairie de Rennes prévoit de détruire l’ancienne tannerie qui jouxte le garage. L’arrière de l’atelier s’ouvre sur cette friche industrielle improvisée en lieu de stockage. Des carcasses de véhicules s’y entassent, rongées par la rouille ou envahies par les mauvaises herbes.

Si l’activité est plus importante depuis le début d’année, le garage doit diversifier son activité pour arrondir les fins de mois. « On repeint des voitures modernes, même si ce n’est pas aussi intéressant que de la restauration, » précise Alexis. Une forte odeur de peinture flotte autour de lui : il a fini de protéger une récente Mercedes noire avant de lui appliquer une couche d’apprêt pour cacher les défauts de la tôle. L’apprenti peine à cacher son manque d’enthousiasme. Une Mercedes, c’est tellement banal.

M.M.

La cueillette des champignons magiques

Oubliez les dealers, oubliez les drogues de synthèses. Pour avoir accès à l’un des hallucinogènes les plus puissants, il suffit de savoir cueillir les bons champignons. Rendez-vous près de Brocéliande, au milieu des pâtures, avec une bande de cueilleurs hors-la-loi.

Une Peugeot 206 bleue vient de se garer le long du chemin goudronné, rectiligne. La portière s’ouvre et laisse s’échapper la musique d’un autoradio réglé sur FIP. Toute barbe dehors, trois garçons en sortent, ainsi qu’une fille, les cheveux teints en rouge. Aucun n’a plus de 25 ans.

L’endroit est tranquille : à droite, des champs. A gauche, la forêt. Au loin, quelques maisons, avec des arbres qui les entourent comme des gardes du corps.

Il faut marcher un peu. Le petit groupe est guidé par Fred, 1 m98, une écharpe en laine sur un pull délavé. Ce jeune animateur dans un centre aéré est aussi le maître ès-champignons de la bande. Il a repéré les lieux au début de l’automne. En cas de doute, c’est vers lui que les autres se tourneront.

Le champ n’est pas vide comme espéré. Une demi-douzaine de ruminants sont déjà là, à brouter pensivement. « Tu nous avais dit qu’il n’y aurait pas de vaches, non ? » demande Léo, un étudiant en troisième année de chimie aux cheveux en broussaille, les mains dans les poches de son pantalon kaki.

Afin de ménager les relations avec les paysans, les cueilleurs évitent les pâturages où il y a des bêtes. « Tu t’imagines un peu, avoir des bandes de hippies qui viennent zoner dans ton champ à chaque automne ? Ils vont finir par se poser des questions ! ». Mais comme il n’y a pas l’ombre d’un éleveur à l’horizon, la « chasse » (c’est le terme employé) est déclarée ouverte.

Les bouses de vache ? Une légende

Au fond, tout se passe un peu comme pour la cueillette du bolet. L’atmosphère est détendue, on se promène, on chantonne, on discute, on prend l’air… Seule différence peut-être, c’est qu’on est presque tout le temps à quatre-patte, à loucher sur des brins d’herbe. Essayer de repérer un tout petit chapeau blanc en forme de téton, perdu dans d’épaisses touffes de végétation, n’a rien d’évident.

Le psilocybe semilanceata (prononcez « psilo breton ») est un champignon minuscule, qui pousse le plus souvent dans les herbes hautes, ce qui le rend assez difficile à repérer pour un non-initié. Fred se souvient de sa première « chasse aux champignons ». «On pensait qu’on en trouverait près des bouses de vache, mais c’est une légende. Et puis on s’est rendu compte qu’on ne savait pas les reconnaître. Comme ça peut être dangereux, on a préféré ne pas prendre de risque».  Rentré bredouille la première fois, il a fini par apprendre en partant à la cueillette avec des personnes plus expérimentées.

Il est difficile d’avoir des informations fiables sur ce type de champignon. Internet n’est pas d’un grand secours : on ne le consulte que faute de mieux. Quant à montrer la récolte à un pharmacien, la chose est impensable. La loi punit sévèrement aussi bien le ramassage que la vente et la consommation de ce psychotrope. Les amateurs doivent se débrouiller seuls.

Ca se congèle

Au bout d’une heure, la fatigue se fait sentir. Et tout le monde a les pieds trempés. Sauf Fred, bien sûr, puisqu’il est le seul à avoir pensé à prendre des bottes. Les cueilleurs se répartissent le butin : un peu moins d’une centaine de champignons d’allure très fragile.

Ils ne seront pas consommés tout de suite. Une fois rentrés chez eux, certains les mettront au congélateur, d’autres les feront sécher. Leurs effets, similaires à ceux du LSD, durent entre 5 et 8 heures. Et comme, ils sont unanimes, il n’y a rien de pire qu’un trip pris dans de mauvaises conditions, mieux vaut avoir du temps devant soi.

 La dose à prendre pour un trip varie selon l’espèce de champignon.  Avec les Psilos bretons, on compte entre 15 et 30 champignons, consommés crus ou en infusion. Avec des « mexicains », trois suffisent, dix au maximum. Ces derniers ont été popularisés grâce à des sites internet spécialisés. Pour une somme comprise entre 15 et 20 €, on peut désormais acheter un « kit » spécial champignons hallucinogènes…

G.C.

Profs : retour à la case école

Enseignants, étudiants. L’alternance des fonctions n’a jamais été aussi évidente qu’ici, à l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de Rennes. La profession a subi ces dernières années des modifications importantes qui ont précipité toute une génération d’aspirants professeurs dans le stress de l’instantanéité. Le risque de burn-out est omniprésent.

Un tableau noir, des écriteaux affichant les prénoms posés sur le bureau et des étudiants pas forcément très attentifs. Une classe ordinaire. Lorsque le bruit devient trop important, l’enseignant s’arrête et toise ses élèves en silence. « Classique, comme technique de prof » souffle une des étudiantes. Et cette technique ils la connaissent bien. Elle leur a été enseignée lors du séminaire « gestes et voix » dispensé au sein de  l’École Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPÉ), créée à la rentrée 2013 pour succéder aux IUFM.

En apprentissage

Cette génération arrive dans l’enseignement après la suppression des IUFM et la masterisation du recrutement voulue par Nicolas Sarkozy, réforme unanimement décriée pour avoir lancé sur le marché du travail des enseignants sans aucune qualification professionnelle. « On les formait seulement pendant la préparation du concours. Avec la nouvelle révision on les voit avant, pendant et après l’obtention du CAPES, explique Fabrice Bouchet, un des formateurs de l’école. Être prof n’est pas inné, on le devient. La charge de travail est lourde mais c’est mieux qu’avant quand même.» Le rétablissement de l’année de stage en alternance pendant la deuxième année de master permet désormais de conjuguer formation théorique, confrontation à la pratique et suivi psychologique.

Nouvelle réforme, nouveaux enjeux

Les étudiants présents dans la salle sont les premiers à expérimenter la réforme. « Ce que vous vivez cette année, je le découvre comme vous », reconnaît d’ailleurs le formateur. Lors de son cours, un temps est consacré au partage de techniques et d’activités, un autre au suivi du stage. Pour transmettre ses activités, il s’appuie sur un tableau interactif qui dynamise le cours ; tous rêveraient de voir leurs classes aussi actives ! Morpion géant pour l’utilisation du passé, décryptage d’une compréhension orale, les exercices s’enchainent pour appréhender, à plusieurs, les méthodes d’enseignement des langues où l’élève devient « acteur de son savoir ». Une démarche participative très difficile à mettre en place. De fait, au moment de faire le bilan des deux premiers mois en établissement, de nombreuses mains se lèvent pour aborder la difficulté de gérer à la fois la formation universitaire et toutes les taches inhérentes à la pratique du métier. Émilie, jeune professeure d’anglais, n’avait effectué qu’un court stage d’observation avant de prendre en charge six heures hebdomadaires en collège : « Préparer les séquences, c’est énormément de travail, surtout quand on connaît les niveaux quelques jours à peine avant la rentrée. Le tiers-temps payé mi-temps est loin d’être immérité !»

Risques d’égarement

Malgré la présence d’un tuteur dans l’établissement, la plupart des jeunes se sentent insuffisamment préparés, face à des classes aux effectifs souvent élevés. Charlotte n’hésite pas à dénoncer ouvertement le manque d’encadrement dans son établissement : « Pour moi, c’est une année de formation. Or nos tuteurs ne sont pas formés pour nous aider. C’est plus une cellule psychologique qu’une véritable aide pédagogique. » Stress, surmenage, dépression, les risques de burn-out sont omniprésents dans leurs discours. Pierre confie par exemple qu’il a failli tout abandonner, juste avant les vacances. « Tout était trop. La gestion de l’autorité en classe, la préparation des cours, les longs trajets pour aller au lycée. C’était trop d’investissement. » Une situation qui explique pourquoi les enseignants sont les seuls, avec la police, à bénéficier des services d’un établissement psychiatrique dédié et qui rappelle l’importance de l’accompagnement des novices sur et en dehors du terrain.

 D.E.

Comment des paysans court-circuitent la grande distribution

Autour de Rennes, des agriculteurs élaborent collectivement, depuis vingt ans, des solutions qui leur permettent de vendre leurs produits directement au consommateur, en dehors des filières de la grande distribution. Comment s’y prennent-ils, et avec quel succès, tandis que la crise étrangle le secteur agricole ?

Sitôt franchi le périphérique de Rennes, et avant d’aborder, deux kilomètres plus loin, la petite ville de Vezin-le-Coquet, l’automobiliste quitte sans transition les derniers alignements de bureaux pour une courte traversée des champs. C’est dans une ancienne grange rénovée, au coeur de cet espace mi-ville mi-campagne, qu’est implanté Brin d’Herbe, l’un des quatre magasins de producteurs du pays rennais. Ce dernier est issu de l’association d’une vingtaine d’agriculteurs locaux, à partir du début des années 1990. L’ensemble des produits alimentaires courants, généralement certifiés en agriculture biologique, y sont proposés : sur la gauche, fruits et légumes de saison ; au fond, laitages et fromages ; à droite, la boucherie et ses filets, paupiettes ou saucisses.

Brin d'Herbe

A Brin d’Herbe, les agriculteurs vendent leurs produits directement aux consommateurs.

La démarche relève du circuit court : il s’agit de réduire le nombre d’intermédiaires, rapprochant producteur et consommateur, en dehors des filières industrielles de transformation et de distribution. Ce modèle rejoint la philosophie des paniers de producteur, généralement distribués par les « associations pour le maintien d’une agriculture paysanne » (AMAP), florissantes sur le territoire rennais. Ici, derrière l’étal réfrigéré, s’active un homme d’une soixantaine d’années, barbe grise et lunettes sur le nez. L’un des portraits suspendus tout autour de la pièce, affichant des paysans en pleine action dans leur ferme, visages souriants, suggère qu’il s’agit de Jean-Michel Boiron, éleveur d’agneaux.

Ce dernier commercialise sur place l’intégralité de sa production : « Si je n’avais pas eu le magasin, je ne serais plus paysan. S’esquinter la santé pour ne pas gagner sa vie, non merci. Ici, on a retrouvé la maîtrise de nos prix de vente. » La reconquête de leur autonomie est essentielle pour ces producteurs, qui ont souvent fréquenté les circuits habituels de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Transformer, transporter, vendre eux-mêmes, autrement dit se passer des intermédiaires, leur permet de limiter les pertes occasionnées par ces opérations sur leur propre revenu. « Bien que la situation reste à flux tendu, on se prélève un salaire qui ne dépend pas des aides de l’Union européenne », explique Jean-Sébastien Piel, 35 ans, éleveur de porcs, dont le père a participé à la création du magasin.

La multiplication de ces points de vente indique-t-elle la possibilité d’une alternative au modèle traditionnel ? C’est ce que pense Jean-Sébastien : « Nos choix montrent que c’est possible de tout valoriser en circuit court. Sur notre ferme, il y avait trois personnes au début des années 80, cinq au milieu des années 90,  aujourd’hui on est sept. En même temps on est passé de 180 truies à 40. Il y a eu désintensification sur l’élevage, réappropriation du métier, de la plus-value, maintien de la ferme et création d’emplois. » 40 % de sa production passe par le magasin, 40 % par le marché ou par sa ferme, le reste en circuit local de restauration scolaire biologique.

Mais la démarche implique une solide culture de l’organisation collective : le temps passé par chaque producteur sur le point de vente est calculé de manière proportionnelle au volume qu’il y commercialise. Le magasin compte aujourd’hui deux sites, emploie cinq salariés, pour un million d’euros de chiffre d’affaires annuel. Un succès qui autorise Jean-Michel Boiron à revendiquer une conception du métier en rupture avec le productivisme dominant : « il ne faut plus se dire : je vais nourrir la planète ; il faut commencer par se dire : je vais nourrir les gens qui sont autour de moi ».

T.C.

Opération de com’ pour le galléco

A défaut de s’affirmer déjà dans les porte-monnaie, le galléco commence à prendre sa place dans les conversations. Samedi 26 octobre, un mois après le lancement de cette nouvelle monnaie locale, l’association Galléco a tenu un stand au Marché des Lices, à Rennes. Une opération de com’ qui alimente le bouche-à-oreille.

Sur la nappe verte de sa petite table pliante, entre deux étals de fruits et légumes, Anne Bruzac dispose soigneusement d’étranges billets. Ils sont roses, jaunes, verts, bleus. On dirait de loin des billets de Monopoly, mais en vérité, ce sont des gallécos. Les promeneurs du marché des Lices sont encore très nombreux à ne pas connaître cette nouvelle monnaie locale. « Et c’est pour ça que nous allons faire de la sensibilisation, ce matin » affirme la jeune femme, directrice de l’association.

Le galléco a été lancé le 21 septembre dernier par le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine et circule actuellement à Rennes, Redon et Fougères. Le but de cette initiative est de booster l’emploi local et de favoriser les professionnels respectant certaines valeurs écologiques et sociales. C’est ce qu’explique Anne Bruzac, postée au milieu de l’allée, aux passants venus faire leurs courses. « Les commerces en ville ferment les uns après les autres à cause des grandes surfaces. Le galléco peut redonner plus de clientèle aux petits commerçants et aux producteurs locaux » argumente-t-elle, avant de leur laisser un flyer entre les mains.

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Anne Bruzac en pleine opération de sensibilisation

Eliane, une bénévole de l’association, lui prête main forte pour la distribution des prospectus. Après avoir travaillé pendant vingt ans dans une grosse entreprise et dégoûtée par les pratiques de celle-ci, elle a décidé de changer de vie. « J’ai arrêté et je vais bientôt créer un petit commerce de proximité bio. » Depuis le lancement des gallécos, Eliane a bouleversé ses habitudes. « Maintenant, je cherche les commerçants qui les acceptent. C’est  une petite contribution pour laisser une société plus agréable à nos enfants. » Convaincue, elle est convaincante.

Le galléco, késako ?

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Les gallécos sont d’étranges billets.

Le mot vient de ‘gallo’ (une langue de Haute-Bretagne) et de ‘éco’ (à la fois pour économie et écologie).

Pour obtenir des billets de cette nouvelle monnaie locale, il suffit d’adhérer à l’association Galléco, puis de se rendre dans une banque partenaire : le Crédit Coopératif ou le Crédit Agricole. Facile de faire la conversion : un galléco égale un euro.

Les gallécos peuvent être utilisés pour acheter des biens et services aux commerçants et producteurs locaux qui ont eux-mêmes adhéré à l’association. On les reconnaît grâce à un autocollant sur leur vitrine.

Depuis le lancement du galléco par le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine,  fin septembre, le réseau d’entreprises, de commerces et de citoyens l’utilisant se développe. L’association a déjà plus de deux cents adhérents, dont une quarantaine de professionnels à Rennes. Le galléco est pour l’instant en circulation à Rennes, Redon et Fougères. Si d’ici un an, le bilan s’avère positif, il pourrait s’étendre à tout le département d’Ille-et-Vilaine.

Le bouche-à-oreille fonctionne

Chantal

Chantal Simonneaux

Au marché, les vendeurs sont encore peu nombreux à accepter le paiement en gallécos. « Moi, ça ne me branche pas du tout ce truc là. C’est trop de paperasse » râle l’une des commerçantes. Pourtant, Chantal Simonneaux, une productrice de jus de pommes et de farine dans la Halle Martenaux assure que « ça arrive tout doucement. Il y en a pas mal qui vont adhérer bientôt ». Elle-même s’est inscrite à l’association Galléco dès le lancement de la nouvelle monnaie. « C’était logique de le faire. » Depuis, elle a deux porte-monnaie mais elle ne trouve pas que cela complique beaucoup les choses. « Pour la compta, c’est facile : j’enregistre tout en euros. Et puis, quand on me paye en galléco, je rends la monnaie en euros si j’ai besoin de pièces. Cela est tout à fait possible, puisqu’un galléco égale un euro. »

 Une cliente que Chantal connaît bien lui achète une bouteille de jus de pommes et lui paye en euros. Chantal en profite pour lui parler des gallécos et du stand qui n’est pas très loin. « Vous ne connaissez pas ? Ce n’est pas pour spéculer, c’est de l’argent pour produire. » La cliente semble emballée. « Ca tombe bien, j’achète toujours local depuis trente ans. Moi, je suis contre tout cet argent pourri. Où est le stand ? » Elle s’y rend d’un bon pas.

E.R.